vendredi 23 septembre 2016

Kerviel, du milliard au million!

Résultat de recherche d'images pour "société générale"
Jérôme Kerviel en première instance avait été condamné à payer à la Société Générale la somme de 4 000 900 000 €.
Devant la Cour d’appel, il est condamné à 1 000 000 €
Cela reste une somme, mais laisse une vie.
Ici, le propos n’est pas celui du juriste, d’ailleurs sa compétence en matière pénale est proche du zéro absolu si tant est que cela soit une notion existante.
Si l’on sort du code pénal, du code de procédure, des prétoires et que l’on ouvre son attention sur la vie, des affaires et des salles des marchés aussi, une opinion peut se dessiner.
D’abord, celle qui considère que, oui, Jérôme Kerviel est coupable des faits qui lui sont reprochés pour lesquels il a été condamné.
Ensuite, au civil, que l’énormité du préjudice n’a pu exister que du fait de l’incurie, à tout le moins, des procédures de contrôle de la Société Générale.
Ou alors, des regards détournés tant que tout marchait bien.
En ce sens, la décision rendue à quelque chose d’humain.
Elle condamne mais n’écrase pas.
Elle renvoie la banque à ses fautes propres.
Il y a cependant, je crois une somme de 2 milliards que l’État aurait allouée à la banque victime, mais je n’en suis pas sûr.
En tout cas, si la banque n’est pas victime, elle remboursera le contribuable ?

Quoi, poisson d’avril ?

jeudi 22 septembre 2016

Scandale du tribunal d'Aix, c'est toujours le brave citoyen qui paie!

Résultat de recherche d'images pour "travaux tribunal aix"
Bien sûr, vous avez l’habitude de voir les ministres de la justice parader à la télévision.
Il y a eu la flamboyante Madame Taubira.
Il y a aujourd’hui Monsieur Urvoas
En général, ils viennent vous parler du XXIe siècle, ou de construction de prisons à échéance de 2025.
Contents d’eux, toujours.
Parallèlement des réformes sont engagées modifiant les procédures et les modes de fonctionnement des professions judiciaires qui ressentent ce sentiment étrange que ceux qui décident n’ont guère de sens pratique.
En tout cas, il y a une chose habituelle : le piège des travaux.
Il faut rénover un tribunal, et c’est bien, alors pendant quelques mois le fonctionnement est externalisé dans quelques préfabriqués, mais rassurez-vous, ce n’est pour pas longtemps.
Ce pas longtemps qui donne une impression d’éternité et qui y ressemble.
Ainsi en est-il du tribunal d’Aix en Provence.
Les travaux sont à nouveau reportés, un scandale.
Ce n’est pas grave, c’est la justice des petites gens.
Celle du divorce, de la construction, de ces choses qui affectent le brave citoyen.
Celui-là peut toujours attendre, il ferme sa petite gueule, en général.
On se dirait bien sûr qu’une justice efficace, comment disent-ils déjà, oui citoyenne, se préoccuperait en priorité du citoyen.
Mais non.
Non plus bien sûr que des avocats qui doivent jongler d’un tribunal à l’autre dans les conditions de travail toujours plus précarisées dont les clients sont victimes collatérales.
Ce n’est pas grave.
Et bien si, et c’est à raison que le Bâtonnier des avocats d’Aix-en-Provence appelle à manifester et à pétitionner.

Car les petits hommes gris des ministères, ce qu’ils détestent c’est le bruit, le bruit vulgaire et grossier du peuple lassé de leur inertie.

vendredi 16 septembre 2016

Juge, enlève ta robe!

Résultat de recherche d'images pour "magistrats cour cassation"

Alors, voici :

Le serment des magistrats était le suivant :

« Je jure de bien et fidèlement remplir mes fonctions, de garder religieusement le secret des délibérations, de me conduire en tout comme un digne et loyal magistrat »
Dans un souci constant de dépoussiérer le langage il a été modifié depuis août 2016 est désormais est celui-ci :
« Je jure de bien et fidèlement remplir mes fonctions, de garder le secret des délibérations et de me conduire en tout comme un digne et loyal magistrat»

Le terme religieux a disparu.

Il avait, bien sûr, un côté désuet, un peu comme le bon père de famille du Code civil qui a disparu également pour faire la place au terme raisonnablement.
Mais chacun sait qu’il n’y a pas de bon père de famille ; que par nature tout homme est un pervers ; si, si.

Sur le terme religieusement, deux observations :

-      d’abord, il y a la notion du secret, ce secret qui protège l’individu pour que sa vie ne soit pas étalée sur la place publique et dont l’importance est de plus en plus méconnue.

Bien sûr, dire que l’on respecte religieusement un secret peut choquer certains, mais l’expression en revanche est tout à fait claire, compréhensible pour tout le monde.
Elle donne à cette notion de secret un caractère d’une particulière importance que la suppression sèche du terme religieux supprime.
À supprimer donc le mot de religieux, il aurait peut-être fallu chercher un terme de remplacement pour rappeler l’importance donnée

-      La deuxième observation tient, alors, à la robe, que ce soit celle des avocats ou des magistrats, qui s’inscrit aussi dans une symbolique et participe de cette notion sinon finalement de religiosité, à tout le moins d’une certaine sacralité et en tout cas dont la révolution a fait table rase.

Alors, si l’on en est là, pourquoi ne pas supprimer la robe des magistrats de l’ordre judiciaire comme après tout ceux des tribunaux administratifs ?
J’imagine que ceux qui auront voulu la mort du terme religieusement pourront néanmoins être offusqués de cette proposition, mais quand on voit certains hauts magistrat, ils n’ont pas l’air de petits pois, mais décorés à la Louis XIV, sans la majesté; un coté Louis XVIII et sa goutte.

À titre personnel, (ça n'intéresse personne, sauf moi-même) je trouve que c’est une perte de temps et donc de l’argent du contribuable que de s’attacher à supprimer des mots dans des serments là où il serait plus utile de veiller au bon fonctionnement de l’institution.

Mais, tant qu’à faire  peut-être pourrait-on simplifier à tout le moins le décorum aristocratique de la haute magistrature…

samedi 10 septembre 2016

L'épreuve et la plasticité de l'esprit.

Résultat de recherche d'images pour "lune pasible"
Un jour, la neige de l'innocence recouvre les cheveux qui restent.
On appelle ça l'âge qui vient.
La vie poursuit son cours, étonnante pochette surprise journalière.
Mais, toujours, vient l'épreuve; toujours.
Simplement, Sisyphe a un peu vieilli, un peu.
Et l'épreuve toujours revient.
Toujours.
Il y a bien le vieux Marc-Aurèle qui conseille de contourner l'obstacle, mais s'il t'arrive comme rocher en pleine gueule, c'est inadéquat.
Camus te dira qu'il faut imaginer Sisyphe heureux.
Mais masochiste avec le divin marquis, alors .
Pourtant les jours passés et les pas accomplis te permettent d'être plus serein.
Pas serin à gazouiller, sottement.
Mais les épreuves du passé sont les leçons de l'école de la Sagesse.
Celle de la nuit profonde, des pensées de lune.
L'esprit apprend ainsi une forme de plasticité.
Il fait l'épreuve ronde, en sorte, comme dos.
Pour n'être pas emporté avec le rocher, ni sans fin le pousser.
Le laisser passer sur des espérances aplaties, sur la vie altérée, pour qu'il se reconstitue, ensuite.
Cela dans le silence, le beau silence, le grand silence qui, dans la furie et la fureur des jours et des mots, laisse subsister, toujours, une espérance en la vie, derrière ce putain de rocher.

mercredi 7 septembre 2016

La misère des quartiers non-blancs.

Résultat de recherche d'images pour "école banlieue pauvre"

C’est un peu l’histoire de l’œuf et de la poule ; des deux, lequel était le premier ?
Ainsi la délinquance basique, je ne dis pas financière, est le fait le plus souvent de personnes issues de l’immigration.
C’est le constat des salles d’audience.
Il y a ceux qui hurleront : l’immigré, ce loup.
Il y a ceux qui clameront que le criminel est victime.
Il s’agit finalement de discours assez vains.
Nul enfant ne naît assassin mais la pauvreté en soi n’est pas une raison d’assassiner.

Le Figaro donne un article sur la pauvreté des enfants dans les écoles des quartiers non blancs.
Longtemps il était malsain d’évoquer la question de ce que l’on appelle la France périphérique, d’évoquer aussi ce que l’on appelle les petits blancs dans les quartiers paupérisés.
Ces quartiers autrefois mixtes une partie de la population s’en est allée.
La population qui reste est issue de l’immigration et l’école est le réceptacle de cette misère dont il serait téméraire de dire que les politiques publiques suivis depuis des décennies ne sont pas pour une partie responsable.
Un rapport sur la «grande pauvreté et réussite scolaire» représentant  une enquête menée dans dix académies rédigé par Jean-Paul Delahaye, l'ancien directeur général de l'enseignement scolaire inspire cet article.

Il décrit, parfois, la faim des enfants.

Il décrit un monde à part de la France : 

« Dans une école du centre de Saumur, qui accueille une forte proportion d'élèves de familles demandeurs d'asile, d'allophones et de gens du voyage, les enseignants décrivent ainsi leur situation: «Il n'y a plus de mixité ici, on est dans un autre monde». Comme le précisent les personnels d'écoles visitées au Havre, les familles d'ouvriers «ont peu à peu quitté le quartier, laissant la place à des familles en plus grande détresse sociale: femmes seules avec un ou plusieurs enfants et immigration. Il nous semble que le quartier s'est paupérisé lors des quinze dernières années. Actuellement certains de nos élèves vivent dans des squats sans eau, sans électricité ; une autre partie de la population vit dans des logements insalubres. La destruction du foyer Sonacotra et l'arrivée massive dans des squats de familles non francophones nous a fait perdre certains élèves issus d'une immigration traditionnelle remplacée par une immigration clandestine et l'arrivée d'immigrés issus de pays européens en crise».

Les ghettos sont aussi ethniques, comme dans des écoles des quartiers nord de Marseille où les seules personnes non issues de l'immigration sont essentiellement les personnels de l'éducation nationale. Si l'on considère divers quartiers dont nous avons une connaissance directe, on observe en effet dans les rues, les écoles, les centres sociaux, les commerces, les transports qu'une large part de la population est d'origine immigrée, et/ou composée de «non-Blancs». Cette réalité, trop souvent sous-estimée par une partie des élites et des sociologues, est toutefois omniprésente dans l'expérience et le discours des habitants des cités. Un tel décalage participe ainsi au sentiment de ces derniers d'être parqués dans des «ghettos». »

Ce qui donne envie de hurler dans le discours des politiques c’est que chacun montre du doigt la politique de l’autre quand et refuse de tourner ce doigt vengeur vert lui-même aussi.

Car quand il y a un échec collectif comment le corriger sans lucidité de l’analyse et sans un effort commun de tous ?


mardi 6 septembre 2016

Le feu selon Giono

Résultat de recherche d'images pour "incendie"
La bête souple du feu a bondi d'entre les bruyères comme sonnaient les coups de trois heures du matin. Elle était à ce moment-là dans les pinèdes à faire le diable à quatre. Sur l'instant, on a cru pouvoir la maîtriser sans trop de dégâts ; mais elle a rué si dru, tout le jour et une partie de la nuit suivante, qu'elle a rompu les bras et fatigué les cervelles de tous les gars. Comme l'aube pointait, ils l'ont vue, plus robuste et plus joyeuse que jamais, qui tordait parmi les collines son large corps pareil à un torrent. C'était trop tard.
Depuis qu'elle a poussé sa tête rouge à travers les bois et les landes, son ventre de flammes suit ; sa queue, derrière elle, bat les braises et les cendres. Elle rampe, elle saute, elle avance. Un coup de griffe à droite, un à gauche ; ici elle éventre une chênaie, là elle dévore d'un seul claquement de gueule vingt chênes blancs et trois pompons de pins ; le dard de sa langue tâte le vent pour prendre la direction. On dirait qu'elle sait où elle va.
Les buissons se sont défendus un moment en jurant, puis la flamme s'est dressée sur eux, et elle les a écrasés sous ses pieds bleus. Elle a dansé en criant de joie ; mais en dansant, la rusée, elle est allée à petits pas jusqu'aux genévriers, là-bas, qui ne se sont pas seulement défendus. En moins de rien; ils ont été couchés ; et ils criaient encore qu'elle, en terrain plat et libre, bondissait à travers l'herbe...
Ses muscles roux se tordent; sa grande haleine creuse un trou brûlant dans le ciel. La flamme saute comme si elle voulait quitter la terre pour toujours; à travers son corps aminci on peut voir toute la colline brûlée. 
Jean Giono.

vendredi 2 septembre 2016

Comme une envie d'arrière-pays.

Résultat de recherche d'images pour "arriere pays lotois"

Je suis parti en vacances avec l’idée de lire l’arrière-pays d’Yves Bonnefoy, voulant paraître au goût du jour.
Pour être honnête, il fallait pour comprendre ce livre une connaissance de la peinture italienne qui n’était pas la mienne et je me suis trouvé tout à fait penaud.
L’idée pourtant d’un art absolu qui serait plus dans quelques beaux villages de Toscane que dans la fureur des villes.
Cette idée d’arrière-pays m’habite, en fait.
On imagine l’arrière-pays fait de quiétude, de senteurs, de douceur et de profondeur ; de calme surtout.
Et l’on voudrait finalement parvenir, parfois, à construire en soi cet arrière-pays, cet endroit reposant, de sagesse, de paix.

Comme une envie arrière-pays...

mardi 23 août 2016

Un parapluie qui n'a rien de magique.

Résultat de recherche d'images pour "parapluie mary poppins"
Parfois, une jurisprudence laisse perplexe le juriste.
Par tant à cause de la question juridique tranchée que du contexte factuel sur lequel il est permis de s’interroger.
Comment a-t-on pu en arriver là ?

Ainsi, l'office public de l'habitat de l'Ain dénommé Dynacité, a procédé au licenciement d’une assistante, pour faute grave, à laquelle il a été reproché… le vol d’un parapluie au préjudice d’une collecte travail.
Oh, ce n’était pas le parapluie de Marie Poppins qui permet de s’envoler au-delà des vicissitudes de ce monde est d’atteindre les hauteurs de la fantaisie.
Il s’agissait, semble-t-il d’un parapluie cassé et, de surcroît, gisant sur le sol, un cadavre de parapluie.
De telle sorte que la salariée licenciée a contesté ce licenciement intervenu.
L’employeur invoquait, certes la soustraction frauduleuse, mais encore « son attitude désinvolte de déni, ses contestations devant l'évidence et son mépris devant la faute commise ».

Le commentateur se dit : n’y a-t-il pas eu là prétexte fallacieux  pour licencier une salariée dont le comportement déplaisait ?
Car à défaut, comment comprendre que l’on aille devant la Cour de cassation pour un parapluie cassé…
Laquelle Cour de cassation dans un arrêt du 13 juillet 2016 résume la situation comme suit : attendu que la cour d'appel, après avoir examiné le grief visé dans la lettre de licenciement de vol d'un parapluie au préjudice d'une collègue de travail et sans être tenue de se livrer à une recherche qui ne lui était pas demandée, a pu décider que ce grief, compte tenu des circonstances, le parapluie se trouvant sur le sol en mauvais état et s'étant révélé inutilisable, ne constituait pas une faute grave et a estimé, dans l'exercice des pouvoirs qu'elle tient de l'article L. 1235-1 du code du travail que le licenciement ne procédait pas d'une cause réelle et sérieuse


Bref, la société Dynacité,  a été dynamitée !

lundi 8 août 2016

Burkinypocrisie !

Rien n'est jamais acquis, ni la liberté des esprits, ni celle des corps et c’est la fierté de la France comme de l'Occident de les avoir conquises comme c’est leur devoir de les défendre et réaffirmer.

Depuis des années souffle, venue notamment de l’Arabie Saoudite une idéologie incompatible avec les valeurs démocratiques, fondée sur le pouvoir religieux et la domination de l’homme sur la femme.

La liberté en Occident s’inscrit dans le cadre de ses valeurs et ne signifie pas les contourner.

Le salafisme est incompatible avec la République.

Et c’est triste de voir dans les rues toutes ces jeunes filles qui se voilent de plus en plus car, derrière leur prétendue liberté, une idéologie néfaste gagne du terrain.

Comme c’est horrible de voir des politiques ne pas le dire au nom des élections.

Ce que nous dit le burkini, c’est que l’enfermement donc gagne du terrain et que comme l’on parle de faces de carême , il faut parler aussi de faces de ramadan.

Oui, dire que le religieux est ici régression et doit être combattu.

Il faut re-occidentaliser notre pensée et notre République en rappelant sa prééminence sans honte aucune sur l’obscurantisme fut-il musulman comme nous l’avons fait avec le catholicisme.

vendredi 8 juillet 2016

Crise de phobie administrative d'un Avocat désespéré!

Résultat de recherche d'images pour "moloch demon"
J’éprouve à cet instant, en une crise profonde, brutale, irrépressible, une atroce phobie administrative, de celles qui mettent à terre les plus belles âmes, telle celle de Thomas Thévenoud.
Voilà une petite quinzaine de jours, j’ai reçu de l’URSSAF des appels de cotisations ne correspondant pas à la réalité ; mais, voyez-vous, la dame du RSI s’était trompée de ligne en rentrant les données informatiques, confondant, erreur insigne, chiffre d’affaires et bénéfices.
Il paraît que cela va être corrigé ; il paraît, il parait…
Je reçois ce jour de l’administration fiscale une « lettre de motivation », (mais je ne l’embaucherai pourtant jamais), au motif que nous n’aurions pas déclaré notre TVA mensuelle… dont l’administration précise le montant non déclaré.
Elle peut donc préciser le montant d’une TVA non déclarée ?
Divinatrice et dominatrice !
TVA pourtant déclarée et prélevée, avec un retard qui relève de la seule diligence, et je crois que je parle ici de ce moyen de transport chevalin des siècles derniers, de l’administration fiscale.
Il faut cependant demander remise gracieuse pour l’erreur de ce cruel Moloch.
C’est ainsi dans notre république franchement devenue orwellienne.
Alors, oui, crise brutale, irrépressible,
La phobie administrative ce jour m’étreint et il est des étreintes oh combien plus agréables !

lundi 4 juillet 2016

Toirac Pays de l'intemporel de Bonnefoy

Résultat de recherche d'images pour "reineclaude"

"...Nous arrivions, au matin, nous franchissions la porte basse, délavée, qui donnait sur l’enclos (on disait le parc, il est vrai qu’il y avait de grands arbres) entre la maison et l’église, et je courais au fond du verger qui le prolongeait à droite vers la lumière et dominait la vallée. Là sans doute des fruits avaient commencé à mûrir. Les reinesclaudes, les prunes bleues allaient tomber tout un mois, plus tard se seraient les figues, peut-être le raisin – les prunes seraient fendues et en cela évidentes, ouvrant aux guêpes errantes davantage l’être que la saveur – et je pleurais presque, d’adhésion. L’exil était terminé. Zénobie, femme de quarante-cinq ans, grosse, sale, au port de reine, allait passer, poussant les oies du bout de son bâton courbe vers ce qu’on appelait la maison des poules – un vestibule, une cuisine, un salon abandonnés aux caquets et à la fiente – et ce serait la terre debout, ceinte de feux, couronnée. Beaucoup me revient, cette fois, de l’herbe épaisse, du vent, de la maison, des villages. Pourtant, pas plus que Tours ne méritait mon refus, Toirac ne valait à mes yeux, je le vois bien maintenant, par ce que je croyais y aimer, et voilà déjà qui importe. Oui, je trouvais beau ce pays, il m’a même formé, dans mes choix profonds, avec ses grands causses déserts, où affleure la pierre grise, et ses orages de plusieurs jours, quelquefois, au-dessus des châteaux fermés. Toutefois, qu’aurais-je pu déchiffrer, de ces beautés difficiles, sans une qualité qui s’y ajoutait, et comme par accident? Quand nous repartions en septembre, à peine si se formaient les premiers brouillards, nous laissions le raisin, souvent, à mûrir encore et c’était donc un été sans fin qui nous accueillerait l’an d’après, c’était, cette vallée, cette rivière là-bas, ces collines, le pays de l’intemporel, la terre déjà un rêve où perpétuer la sécurité des années qui ne savent rien de la mort. Pays où la chair, comme a dit Rimbaud, est encore un fruit pendu dans l’arbre; […] Pays, par conséquent, d’une conscience qui peut appréhender l’univers (d’une façon naïve, qu’il faudra vite que l’on réprime) non dans le heurt déjà des existences finies, mais dans la musique des essences. […] En vérité, ce « massif central », coloré ainsi d’absolu, ressemble beaucoup à l’arrière-pays de mes rêveries ultérieures..."

Yves Bonnefoy, l'arrière pays